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Turbulences,
dernières
expérience
en forme de journal, par Isabelle DORMION, dans le cadre de Paroles
d'Indigènes* sur shukaba.org
7 sept-28 Nov 01 TURBULUN - 4 déc 01-21 fév 02
TURBUL2
23 fév -29
av 02 TURBUL3 - 3 mai - 29 sept 02 TURBUL4
6 oct 02 -
5 fév 03 TURBUL
5 -10 mars
-22 août 03 TURBUL
6
3 sept 03 -
26 janv 04 TURBUL
7 - 2
fév - 6 déc 04 TURBUL 8
9 janvier à 28 novembre 2005 TURBUL 9 - 4 janv - 5 déc 2006 TURBUL 10
9 décembre 2006 à 30 septembre 2007 TURBUL 11
faire descendre
le curseur jusqu'au dernier
billet: 15 mai 2008
Quel est
le sujet de l'ethnologie? Isabelle Dormion, 1er
octobre 2007
Expulsé récemment de l'Université par
la force publique, l'enseignement de l'ethnologie a disparu,
laissant sur le tapis le sujet, qui, si on en croit la rumeur,
est l'enchantement joli de nos loges et logis. Cherchons à
le traquer avant de songer à le saisir non en loges mais
en Logos.
Renaissant de ces cendres où sa fonction (inutilisable)
l'a mis à gésir, pur déchet, il réapparaît
ici et là par la force des choses. Une utilisation systématisée
du propos devient par l'induction-production, produits et dérivés
de l'exotique social. C'est ce qu'il advient quand est utilisée
par des moyens civiques l'ethnographie des banlieues à
des fins régulatrices qui n'honorent ni la fonction ni
le sujet ni le lieu, mis ici à plat avant que d'être
évidés. Les jours se suivent et se ressembleraient
du lundi au vendredi sur un quai de métro. L'évidence
-plus que l'évidage- d'une banalité à pleurer,
doit être explorée. Il y a dans le vide de sens
de quoi faire cogiter le sujet. Il y a dans l'évidence
qui crève les yeux peu de place à l'avènement
d'un sujet que l'aveuglement foudroierait. L'ethnologie nuit
qui serait d'abord inutile? L'ethnographie serait congédiée
d'une scène sociale où elle ne prendrait plus la
place qui lui revient. Le sujet de l'ethnographie n'est pas l'objet
de la sociologie -plaisanterie mise à part- et si le moindre
doute venait perturber le débat, il suffit de lire quelque
étude actuelle sur la vie commensale, la répartition
des tâches domestiques au sein du couple hétérosexuel
parisien des moins de trente cinq ans, pour être accablé.
Rien de nouveau qui n'était déjà montré
sous forme d'une mauvaise série américaine. Rien
de nouveau qui n'était pas déjà représenté
et servi tout les jours en boucle à des centaines de couples
hétérosexuels mariés, pacsés ou non,
entre vingt et trente-cinq ans, bilingues et ayant au moins un
frère ou une soeur ou un chat dans un deux pièces
(750 euros).
Il va de soi que la machine à café s'impose.
Faites l'expérience. Sortez, parcourez trois kilomètres
pour retrouver le café du coin où se dit l'essentiel
(rien ou pas grand chose «pour un lundi on fait aller»,
«passez le bonjour à Fernande», encore que),
boudez la cafétéria, privilégiez le zinc
(plastique, inox ou chic teck), décortiquez les sondages
et vous serez déniaisés.
L'ethnographie, celle de grand-mère et des nostalgies
répertoriées, photos sépias et classifications
muséoconservées, ne fera pas renaître Malinoswski.
Il faut Griaule pour encourager la fonction, la fiction ethnographique
avant d'aller somnoler au colloque sur la sémiotique cognitive
dans le champ de l'anthropologie sociale autrichienne et filer
à l'anglaise vers nos derniers grands voyageurs anglo-saxons,
dégingandés et toujours fréquentables quoique
disparus, décimés par l'abus de fièvres,
de femmes, d'érudition blême et de longues insomnies
alcoolisées. Passons.
Qu'advient-il donc quand l'art sert d'alibi à un «terrain»
artificiellement semé de granules, de graines et d'oeuvres
d'art dans un champ social où il n'a pas sa place? Un
petit gazon où les différentes caisses que nous
dirions matricielles, font germer le projet, l'ébauche,
le synopsis, le dossier relié, la maquette, lui fournissent
la provende et l'humidité requises. La subvention pleut
comme une manne chiche que s'arrachent les différents
acteurs, artistes ou écrivains validés par un ou
deux ethnologues requis, le cinéaste et photographe ou
vidéaste talentueux qui viendront dans une même
geste harmonieuse, cuirassée, chorégraphiée,
simultanée, plurielle et jardinière, quoique singulière,
unifiée par un label narcissique qui le localise et l'identifie,
lui conférant une force d'impact commercial. Nécessité
faisant loi, il faire germer, étayer, arroser et faucher
le bénéfice.
Ce bénéfice est symbolique. Il est symbolisé.
C'est un trophée, c'est une sucette, c'est la gloire,
c'est le Mérite, c'est la croix et la bannière
où souffrent, triomphent et s'exposent les projets aboutis,
les ébauches devenues «un truc, le livre, les films
«du réel» qui tiennent la route et sont retenus
par une commission spécialiste. Celle-ci représente,
met en scène et rend lisible ou visible. Où est
le sujet dans ce bazar, cette foire d'empoigne? Une chaise au
CNRS reste encore la véritable sinécure où
devant un ordinateur chercher un sujet qui tienne la route. C'est
en ethnologie le terrain où crapahute le tous-terrains
suant régurgitant l'Afrique par tous les pores de la peau
révulsée. Il ne restait que Robert Jaulin pour
s'en plaindre martyr et s'en réjouir, revenu de tout,
revenant, trouver encore un lieu où courir en lièvre
devant le sujet qui le suivait comme une ombre. Indien vaut mieux.
Le sujet est dicté par la seule nécessité.
Dans le cas de Jaulin, c'est la question de l'Islam interrogée
avant l'heure dite. Le lieu? C'est l'écriture. Aussi simple
qu'un topo sur la question.
Depuis peu les anthropologues renaissent en floraison. Ils s'ébattent
au quai Branly. Leurs pas dans les traces. Ce n'est pas notre
sujet.
Nous proposons de définir le lieu où focaliser.
Reste à localiser. Dressons une liste au pif, disons l'air
du temps non seulement à la louche mais à la va
comme j'te pousse, les commandes du FMI, le doberman (killer)
qui tue l'enfant (girl) et roule ma poule! Non. Pas de ça
chez nous.
Bocal. Local. Mur. Berceau où naître. Trottoir
où mourir. Trois poussettes dans le 122. Porte bloquée.
Système coincé. Dysfonction. Dysfonctionnement.
Analyseur. La série «Urgence». L'urgence du
réel.
Piloris, pylones, prisons, potences, femmes pauvres iraniennes
de surcroît, lapidées, femmes riches au moins iraniennes
mais très exilées un peu jet set nez refait les
seins aussi, télévision, bus cramé, hôtel
brûlé, femmes brûlées soignées
Pakistan par femmes dévouées France terre d'asile,
les urgences imposent le sujet. L'urgence, Madame, n'est pas
un lieu habitable.
Ethnographies d'un réel des séries américaines.
La Birmanie, plus réelle, tu meurs, un Japonais, caméra
au poing, camarade notre héros. Qui donc fermera tes paupières?
Local, poubelles, loges, galeries? Ecole, musée, Culture,
culturel, médiation culturelle, Internet, rue du faubourg
Saint-Honoré, métro Diable-Vauvert, rue d'Ulm,
Banque? Total en Birmanie.
Localisons. Focalisons. Le réel n'attend pas une seule
seconde.
Nous avons tout le temps à notre libre, entière
disposition. Spacieux, qualitativement, avant que d'être
topograhique et temporel.
Je viens de ne pas avoir vu un film. Pas le temps?
C'était le sujet. Pas vu pas pris. A quoi sert l'ethnologie?
Pour une
théorie du lieu, Isabelle Dormion, 2 octobre
2007
L'étiage pédagogique ne doit pas être
une prothèse. Les manuels de communication construits
sur la base d'une approche cognitive des individus et des groupes
(plus de 7 personnes) imposent un diktat contestable. Les applications
des thérapies systémiques, les stratégies
transactionnelles dans un champ pédagogique sont-elles
souhaitables?
En 1995 j'ai pu mettre en place sur un groupe d'une douzaine
de personnes, des informaticiens adultes préparant un
diplôme de troisième cycle, dans le cadre d'un atelier,
une anti-stratégie fondée sur la psychanalyse.
Les écrits de Michel Tort, traducteur de Freud, ses travaux
sur les débilités des tests mentaux et autres mesures
de Q.I., les séminaires de Lacan, les conférences
de Roland Barthes et de Michel Foucault ont participé
à l'élaboration d'une pensée critique. Un
viatique. Cette distance prise par rapport à l'institution,
qui demande puis exige des élèves ou des étudiants
le progrès en vue d'une performance, m'a permis de prendre
une position tierce de contre-experte. C'est en qualité
de non-qualifiée que j'ai pu établir une expérience,
ouvrant un sentier, puis champ, un lieu. Il fallait sortir les
informaticiens d'un jargon binaire, d'un blindage logique où
la fonction les enfermait pour les aider à prendre conscience
de leur environnement. Kafka chez Renault, tout en leur épargnant
la lecture du «Château», plus étrange
pour eux qu'inquiétant. En décrivant leur unité,
le chef de service, le mur, le bureau, le staff, l'escalier,
l'ascenseur, un inventaire topograhique à la Perec advenait.
De cette description, certains passages, nouveaux romans, émergeaient
du silence, cette langue de bois. La langue de bois est la peur
de déplaire à l'institution plus qu'à celui
qui institue, disons l'instituteur ou la maitresse et leurs évaluations
requises à l'aune de l'exigence sociale, encore plus performative
aujourd'hui. L'institution était pour ces informaticiens
une somme d'individus, un agrégat indifférencié,
«eux». Décrire Monsieur Duchmoll du service
financier, décrire l'instituteur ou le professeur, suffisait.
Il n'y a pas de trucage pédagogique. Feuille blanche,
peur de la performance, peur d'écrire, peur de l'insuffisance,
crainte du jugement de l'autre, peur de la peur, peur de l'affranchissement,
peur du père ou terreur d'une mère dévorante,
tout contribue à la paralysie. "Allez-y soyez libres"
est une ineptie (voir plus haut Bateson et Paolo Alto, leur besogneuse
tentative défaite par les neurosciences). Non merci, après
vous! est la réponse la plus courante, qui nous oblige
à la gesticulation et vous transforme en tyranneau gouroutisant
rempli d'une qualité rare, cette suffisance vide, intelligente,
perverse, proche de l'imbécillité absolue, ce défi
: vas-y! comment je vais te les coacher ces nuls!
Le quinze octobre, d'emblée, je commencerai le cours*,
cette imposture, en demandant aux étudiants de me décrire
in situ, prenant le risque d'une destitution littérale,
de la fonction pour une fiction tronche de cake. Je n'ai pas
de place assignée dans l'institution, rien à perdre,
cherchant et trouvant toujours la porte et le seuil entre le
sas, le hall, le groupe et l'inconnu. L'inconnu n'est pas l'inconnaissable.
Ce projet de description m'a été emprunté
lundi par un emprunteur. Il n'en aura pas l'usage et pour cause,
je le reprends aujourd'hui ici en relisant les entretiens de
Herbert Gamper et Peter Handke**: «les choses de la
vie quotidienne, jusque dans leurs plus petites ramifications,
forment une unité - une unité très diverse,
naturellement, puisque ce sont des choses différentes.»
* je rêve
**«Espaces intermédiaires», Christian
Bourgois
La lettre
ou l'esprit, Isabelle Dormion, 23 octobre 2007
Enfants nous nous demandions où était «l'esprit
de sel»* ?
Nos expérimentations allaient jusqu'à concocter
un dépôt douteux et grisâtre au fond d'un
verre de vin auquel avait été ajouté du
lait. Nous pensions voir s'échapper l'esprit du vin et
la griserie divine de la lettre poétique. Erreur!
Sur les parois humides de la cave, en allant chercher les bûches,
nous pouvions encore recueillir en remontant de la corvée,
dans la paume laissée libre, un peu de salpêtre.
Dans les ombres inconnues des profondeurs l'esprit n'apparaissait
que sous la forme d'un gros moustique, un cousin attiré
par la lampe.
Cherchant cette adresse si difficile dans une venelle banlieusarde,
quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer, sur le seuil d'une
maison fermée, l'esprit en personne, prenant le soleil,
le visage offert au vent, les yeux mi-clos, ayant déjà,
dans la permanence, toute bénévole, d'un début
d'après-midi sans histoires, conféré une
sorte de calme grandeur à toutes ces choses si familières.
*Acide muriatique, Chlorure d'hydrogène HCL que les
alchimistes utilisaient jadis dans leur quête insensée
de la pierre philosophale. Tragédies, Isabelle Dormion,
3 novembre 2007
Faut-il ou non envisager le meurtre comme hygiène de
vie? Après avoir relu dans son intégralité
Dostoïevski, Max Aub, le vénéneux Sade et
quelques policiers, avec du genièvre du schnaps et du
brandy derrière les fagots, le dernier film de Woody Allen,
«Le rêve de Cassandre», relance la question
qui m'était soumise: dois-je débarrasser l'égyptologie
d'un certain individu que je ne peux nommer ici, pour des raisons
évidentes, celles d'une toute relative discrétion.
La réponse, insufflée par le film magnifique de
Woody Allen, a fait battre mon cur MK2 à la vitesse d'un
chute immédiate en enfer sans le moindre soupir. Les mains
moites, chaque plan, chaque répartie, tous les mécanismes
de cette horlogerie manichéenne m'ont susurré des
idées criminelles qu'un long dimanche verra s'épanouir à
loisir...
On peut envisager la solution dite naturelle après
un petit subterfuge: déshydratation, insolation, tempête
de sable, perte d'orientation, perte absolue (au delà
de Meidoum), errance, perte de conscience, bref, je ne parle
pas de Guizeh, trop fréquenté par mille chameliers
bavards et trop avides des ragots touristiques.
Une solution élégante et pratique, le poison
de type cardiovasculaire, gentiane, badiane, bouton d'or et petite
fleur, valériane, que sais-je, revoyons les précis
de botanique médicinale, à la portée des
enfants et du jardinage automnal.
Autre approche, qu'il faudrait laisser aux tordus dégénérés
de l'espèce courante, obsessionnelle, la manipulation
intrusive, l'exploitation d'un élément caché
de la vie privée de l'individu en question. A-t-il un
vice, une maîtresse, un penchant qu'il croit, le pauvre,
répréhensible, une dette de jeu, une querelle ancienne,
un dossier, un passé dans les oubliettes, une parentèle
de la honte, une bigamie en proche banlieue, deux pièces
cuisine, une lionne rugissant dans son garde-meuble, une tarentule,
un aspic dans la boîte à gants, un excellent placement
bancaire d'initié, une fortune mal acquise? Cette méthode
exigerait ce minimum de sagacité, ce summum d'indiscrétion,
ce labeur sordide. Cette approche est à laisser aux maniaques,
à la l'investigation scientifique, légale, inquisitoriale,
celle qui amoncelle les faits minuscules, tickets de métro,
chanvre des cordes, bois dont sont faits les crimes et les humains
et que taraudent les polices, virements aux Bahamas, lingeries
déchirées, les multiples indices d'un réel
répulsif et toujours rendu subalterne.
Ici, les frères menuisent les pistolets dans l'étau,
comme à la maison. Pas de numéro de série,
c'est le message. Pièces uniques. Comment je vais vous
le peaufiner, l'ouvrage! Voilà où mène la
tragédie, à la vulgarité de l'argent facile,
à la tentation des chaînes d'hotels et centres de
chirurgie esthétique. On se vendrait pour ça. Pour
deux fringues, une bagnole, des filles, la montre au Claridge
et toute l'esbrouffe avec ses enjoliveurs.
Une jolie méthode, c'est la démonstration du
film, une méthode aquatique qui a fait ses preuves chez
Alfred Hitchcok, celle du voilier, du bateau, de la nef, du passage
dans l'autre monde. Avec «Le rêve de Cassandre»,
pas de moteur, pas de fuel, pas de mazout sur les plages, pas
de bruit, pas de rames, petit temps, pas de tempête, pas
trop de voilure, droit vers l'issue fatale. Le vent souffle où
il veut. Je me souviens d'un naufrage familial dans un superbe
bateau, celui-là gîtant dangereusement, la quille
touchant le fond. L'avanie et l'avarie. J'avais plongé
dans les vagues de la passe du Bec de Perroquet pour échapper
au désastre, en toute indépendance. Avec un ciré,
c'est une quasi noyade idiote. Ce bruit particulier des bois
légers du roof, je l'ai entendu dans le film, le craquement
sinistre de l'inéluctable fin, le malheur annoncé.
Ce film, sans une once de psychologie à deux pence,
sans complaisances, sans esthétisante nervosité,
ample, moral sans leçon de moralité, est beau,
impoli et sanglant comme l'antique. Les frères de sang,
unis dans la tragédie. On y voit plus de style que d'abjection,
sans le dandysme que l'humour parcimonieux distillerait.
Mon frère, toi qui passes, si tu veux, je m'occuperai
donc de l'affaire sus-évoquée laisse-moi faire,
j'aurai bien d'autres idées expéditives, celles-là
irrémédiables et nous nous amuserons toujours en
chemin.
Couleurs
de l'identité? Isabelle Dormion, 12 novembre
2007
Grises et tronquées, les virtualités de second
Life. Les psychologues se pencheraient sur les avantages thérapeutiques
des expériences virtuelles: choix d'une autre identité,
pourquoi ne pas choisir la négritude ou l'autre sexe,
celui qu'on n'a pas? Pourquoi ventre saint bleu ne pas se vivre
petit, juif, noir, borgne lesté d'un pied bot, bègue,
pauvre et analphabète, issu de la DASS, heureusement sans
papiers, bientôt expulsé par Roissy? J'atteins ainsi
la notoriété. En me jetant du premier, voire du
deuxième étage, oui, je m'écrase au sol
mais enfin, faisons un rêve, j'accède post mortem,
ainsi que ma famille laissée au pays, à une reconnaissance
nominale, une citation. Trop tard diront les envieux. Il n'est
jamais trop tard pour exister
Pourquoi choisir une identité aussi convenue qu'un appel
d'offre Meetic, ce produit culturel aseptisé nourri d'aventures,
speed dating, et n'ayant peur de rien, gestionnaire dans une
boite quelconque, une société fiduciaire, n'ayons
pas peur des mots, pratiquant la gymnastique en salle et ne craignant
pas l'ingestion dominicale de sushis et de bouillons d'algues
assez gélatineuses pour une première rencontre
au «Lotus Générique de la Bastille».
Les avantages de la virtualité? L'anonymat. Un comble
pour ces nouveaux habitués en quête identitaire.
Je me vis blonde et pulpeuse alors que je suis une mémé
en toque d'astrakan que suit partout un teckel pelé comme
un piètre veau? Il se voit en George Clooney, marchant
à grandes enjambées sur les quais, courant presque
vers le bonheur lors d'une visite, corvée promotionnelle
d'une sortie de film à Paris ville Lumière. C'est
son droit. C'est Second Life. Ce n'est même pas une seconde
chance, si misérable le deuxième choix. Je rêve
de savoir confectionner au crochet un dessous de bouteille en
coton perlé, entre la ligne13 et Croix de Chavaux. L'ethnologie,
les voyages et la culture, les bouquins et la fréquentation
quotidienne des chefs d'oeuvres de l'art, les raretés
culturelles, l'argent, ne mènent à rien. Sur second
Life, le possible, l'impossible, mon rêve peut enfin exister:
comment mitonner un chou (un choix) farci et caramélisé.
Comment le déguster le cul calé sur un siège
ergonomique néo-médicalisé. Des tampons
de feutrine amortissent le bruit des pieds sur le carrelage (où
glissera le chou, (le choix) n'importe quoi mais disons-le tout
net!)
Mais (que) tombe la neige!
Dans une autre vie, Truffaut pouvait susciter un dératiseur
catholique culbutant Bernadette Laffont sur le plancher, le faire
vivre, entre la coulpe et l'ivresse, sous nos yeux ébahis.
Dans Second Life, aucun rêve, aucun personnage, aucune
fiction.
Les promoteurs (quel mot!) de Second Life prônent la liberté,
le dépassement de la norme, la transgression, la levée
de la censure, la fin des interdits. Ils confondraient l'imposture
virtuelle et l'imagination. Pas d'apparition, aucune disparition.
Un jeu à la fois contraignant, contraint et normé.
Autres désirs, autres normes.
Le monde ordinaire, exempté d'ordinateur, semble toujours
receler assez de surprises pour nous sortir de l'ennui où
le confinement en chambre insonorisée, virtuelle, pourrait
nous scléroser. La rencontre fortuite de personnages réels
dans une promenade banale entre la Fontaine Saint-Michel et le
Métro Pyramide est génératrice de l'histoire
la plus prosaïque, inénarrable, véridique
et sans le moindre intérêt émotionnel ou
narratif. L'exceptionnel de second life est hystérique:
vous ne savez pas à qui vous parlez!
Attendant le bus qui tardait à venir, un petit nabot
(à caractère asiatique) s'est assis à mes
côtés, bousculant une fois de plus mes habitudes,
il a sorti une petite brosse à dents, il a sorti son petit
appareil rose* assorti à son minuscule palais asiatique,
il l'a brossé sans hésiter puis dans un déclic
il m'a souri. Comme ça, c'est fait, ai-je minaudé,
toujours un mot aimable, et encore (que) dans la première
vie, j'aime ces pauvres que parfois le soir j'assassine.
(*) dentaire
aucun rapport, il faudrait relire Violette Leduc. C'est Michèle
Causse qui m'y fait penser, elle raconte si drôlement les
rendez-vous au restaurant, les engueulades, la trivialité. Blanc noir et gris,
Isabelle Dormion, 26 novembre 2007
C'est bien là où le bât blesse: le nuancier,
(serait-ce un métier?), ferait défaut.
«Atténuer le noir» : synonyme* de «tempérer
la noirceur» (?)
«Nature morte» : synonyme de «type sans
vie» (?)
«se ficher en colère» : synonyme de «s'enfoncer
dans l'ire» (?)
«Je vous prierai d'obtempérer» : synonyme
de «sanctions s'ensuivent».
C'est là ou je voudrais en venir. Entre la prière
de pure forme, l'ordre, la soumission exigible et la punition,
individuelle ou sociale, les nuances viennent à manquer.
Pour atténuer le noir, rien n'atténue le noir.
Black is black. Let's Go!
Nature morte. Trois pommes calibrées non par Cézanne,
mais par la norme agricole européenne. Ne plus transiger.
Aller là où il faut aller. Vite.
Se foutre en rogne. Est-ce nécessaire? Est-ce bien utile?
Serait-ce efficace? Jusqu'à péter les plombs, rompre
les amarres, disjoncter, risquer la rupture d'anévrisme
et compagnie? Grève de la faim? Pourquoi? Efficace? Les
causes manqueraient? Pourquoi faudrait-il chercher les motifs
de colère au risque de les trouver chemin faisant. L'autisme
ne présenterait pas que des inconvénients. Je n'ai
pas vu la grève, qui n'a rien changé à ma
façon de vivre, allant à pied sec d'un point à
l'autre, par les ruelles et les avenues, détestant ces
nouveaux vélos ingambes, beigeasses, ceux qu'on loue,
ignorant les voitures et les taxis, méprisant les véhicules
et les conduites intérieures aux vitres occultées,
n'appréciant en ville comme à la campagne que le
1) sourd martèlement du cheval au pas, gris pommelé,
sol humide
2) cheveux poivre et sel d'un homme qu'un autre jour j'aurais
croisé (ou) que l'incurie d'un tiers aurait laissé
à lui-même.
3) lumineuse et grise, l'indifférence nuancée du
détachement, la gaieté désarmée d'une
journée pluvieuse.
Terne? Aucun objet. Ni plomb ni zinc.
La poussière que le geste disperse
Par l'air retenue
Au gris des gris, aucune autre nécessité jamais
ne fera votre loi.
Moins d'ironie.
A mes gris amaigris
Je dédie l'ode.
Dictionnaire des synonymes (Nathan) : Nous sommes dans
le noir : incohérence, confusion. Noir :
crasseux. Ténébreux, couvert, diabolique, illégal,
clandestin. Avoir peur du noir : n'en mener pas large
(l'obscurité me file les jetons). Là il balise.
Lieux des petites Folies, 10
décembre 2007
Les petites folies ordinaires restent à comptabiliser.
«Elle est folle!» est l'une des insultes familières
les plus utilisées dans la vie quotidienne. La folie se
banalise. Ces petites folies logent non seulement dans l'escalier
de la concierge mais dans l'esprit d'escalier.
L'esprit de l'escalier tient à la topographie des paliers.
Nos perrons et vestibules, ouvragés et grillagés
d'interphones ne laissent plus à ce fantôme de nos
dernières minuscules libertés l'espace ni le temps
de s'y glisser.
Les petites folies sont de type caractériel. Que l'une
trépigne, chouine, larmoie, guerroie, aille et venge la
gente entière, qu'elle s'apitoie, renonce, sombre en mélancolie,
meugle, l'autre gît en pâmoison d'amour, tombe en
déraison, brode, broie, que l'une s'ébroue, branle,
braie, brise, trépigne en désespoir, s'asperge
d'eaux parfumées, néglige son corps, affûte
ses lames ou lime ses griffes, qu'elle claque le fric et flanque
la trouille, file les foies, qu'elle souscrive aux cons colossaux,
s'inscrive en faux, trahisse, s'active et se soumette, se démultiplie,
se perde en vain don d'elle, non, les petites folies, les nervosités,
ces impatiences de jeunes filles et ces virevoltes de rombières,
ces éternelles complaisances ménagères,
cette liste harassante des vices et défauts n'en fera
pas une complainte*.
Telle est devenue la norme que l'escalier ne peut plus abriter
qu'indifférence acrimonieuse, parcimonieuse et désormais
comptabilisée. La petite folie n'a plus la moindre aisance
aux entournures, j'entends par là de plis d'aisance, ce
qui limite aux grandes folies les gesticulations spectaculaires
de nos archaïques et somptueuses cinglées. Les petites
folies ordinaires se tiennent sur un modeste agenda trimestriel
à couverture de plastique grené genre fausse peau
de chagrin, géré comme un porte-feuille d'actionnaire.
Nous avons gravi rue de Rivoli l'escalier adéquat où
peut venir se loger raison et mille menues déraisons,
dont l'esprit d'escalier, celui qui exige au moins deux marches
à gravir. Cette spéculation ne va pas sans un changement
intellectuel entre la première et la deuxième marche.
Que dire si l'escalier en comporte trente. Que de perspectives,
que de fuites, que d'escapades enchanteresses, que d'idées
mobiles entre la cinquième et la douzième, que
de fantaisies, combien de folies! Autant de caps en vue, autant
de capitaines.
Nous allons établir une échelle de ces variations
de l'humeur, nous allons les légitimer sans nous donner
la peine de les justifier, nous conviendrons de les anticiper
pour les excuser et nous les localiserons en les invitant à
demeure.*
Toute femme digne de ce nom aura désormais le droit (et
le devoir) de changer de menu entre le premier et le second étage,
de tromper son époux entre le troisième et le septième
ciel, de résilier son abonnement annuel imaginaire, elle
pourra appeler les pompiers si l'incendie se propage là,
nager dans la mauvaise foi, plonger pour dix piges, laisser tout
à vau-l'eau, suivre sa nature, bâcler ses devoirs,
mépriser les tâches ménagères, adorer
le turbin, aduler ce grand crétin, lui peaufiner une virile
vanité, elle pourra (et devra?) laisser s'amonceler la
poussière dans les encoignures, oublier le pain, claquer
le fric ou le donner à qui bon lui semble, taper du pied,
hurler à la lune, bailler aux corneilles, vouloir contrôler
le facteur et le multi-factoriel, en faire des tonnes, se foutre
de tout, rêver tout haut, mépriser la richesse,
épouser par intérêt, protéger le mendiant,
cogner le veuf, changer d'avis, panser le veuf et nourrir l'orphelin,
aimer et comprendre l'assassin, l'abject maniaque ou le braqueur
sublime.
Et qu'enfin soit donnée aux petites folies de l'ordinaire
une plus ample mesure.
* Aucun rapport, un seuil est franchi, la France invite Kadhafi
sur le perron. Lieux
d'aisance, 21 décembre 2007
21 décembre, début d'après midi «le
mystère de la sexualité féminine»*.
Une moderne topographie confère à la Deux (télévisuelle,
ça va sans dire), à l'heure où les dames
et les demoiselles, les fameuses ménagères de moins
de cinquante ans, toujours gaillardes, rêvassent, (mais
ont-elles vraiment le temps de bailler aux corneilles?) une fonction
nouvelle: la hotte du Père Noël. Qu'y trouve-t-on
tout déballé par des petite vendeuses ad hoc et
fun, mèches colorisées et bouches toutes luisantes
de «lip gloss», dégoulinant d'une sexualité
démonstrative, gentillette, normée, communiquante,
conviviale, partagée, partageable, sociale, socialisante,
rose, pashmina, douceâtre, gestuelle, précise, corporelle,
indexée, indexicalisée, contextualisée,
expliquée, pédagogique, fadasse; désamorcée,
dénuée de toute image, réaliste, hygiénique,
aseptisée, localisée dans l'aisance, cette fosse.
Sont alignées les invitées sur le plateau, celles,
jeunes qui viennent de franchir le pas, elles ont connu le loup,
d'autres, plus âgées, les pauvres, qui ont passé
une vie entière dans l'ignorance, attendant d'un ahuri
éjaculateur précoce ou brutus simplex la Fameuse
révélation qui aurait pu les consacrer femme à
part entière, leur Mystère béant à
l'écran la révèle à l'aise. Il n'y
a dans ce sexe ouvert et médiatique strictement rien à
voir. Circulez. L'érotisme est ailleurs.
Que ce truc (la télévision) soit enfin devenu
un vrai machin ne favorise pas vraiment l'exaltation des sens
ni leur sublimation. On y voit un primat tenancier d'un sex shop
avec une femme frigide que la patience (vertueuse) du conjoint
aura réussi (bravo c'est un vrai boulot d'homme, une besogne,
un devoir, un dû, une revendication) à sortir de
la glaciation (point G, clitoris et trompes annexes), musardez,
raisonnez trompettes on ne nous cache rien. On y voit une donzelle
et deux fifilles, des dames emperlousées, empruntées,
l'une timide, l'autre audacieuse et graveleuse, raconter à
des millions de téléspectateurs leurs grands et
petits mystères féminins de gynéco-sexologie,
leurs misères et les ravissements cool d'alcôves
Conforama. Une télévision sophrologique. La télévision,
là, oui, bravo, n'a pas rechigné à la tâche,
relayant, devançant, faisant et suivant, flattant l'opinion
très en-dessous de la ceinture, aux pieds, par terre.
On y est. Plus d'ombres propices. Pleins feux. Spots. Lumières.
Allez-y, mettez la gomme, vous me relookez ça, la petite
brune à mèche, devant, oui, du tact, du doigté,
de la finesse, de la fausse candeur et vous faites grimper l'audimat
aux moulures stuc d'un hôtel de charme faux luxe, copies
Louis XV, dans la grande banlieue adultère.
On y est. Mettez-vous donc à l'aise! Défaites-vous!
Allez, pas de gêne entre nous. Que l'impudeur aille jusque
là! Hier, Bigard au Vatican, flanqué de la mère
de Carla Bruni; c'est le cauchemar non climatisé, c'est
là, tout benoîtement, étalé. Aujourd'hui,
les petits jouets, les sex toys dans la crèche de Noël,
les réjouissances organisées, le coup du Bigard
sacralisé, là, oui, c'est là, ce cynisme,
cette idée, ce truc, ce machin, ce scoop; si Bigard prie
dix fois par jour, où prend-t-il le temps de peaufiner
ces chefs-d'oeuvres humoristiques, sommet de l'esprit français?
Si tel est ce Dieu, des médias; réceptacle et spectacle
des prières de Bigard, Dieu, pardonnez donc à Bethléem
mon athéisme aujourd'hui. Le lieu des obscénités
dans l'acquiescement obligatoire, dans l'ignominie banalisée
et rose. Bigard reçu par Dieu. L'enfer. La vie en rose.
* France 2 14h, «Toute une histoire».
Non,
3 janvier 2008
Pas de papouille zéro fête à la grenouille
pas de famille pas de bûche pas de voeux pas de veau pas
d'oeufs pas de gelée autant de moins cornichons baudruches
te monte pas le bourrichon.
Plus c'est plus c'est plus c'est gras le lard en pot c'est gascon.
Pas de grâces pas d'aimables dindons pas de chapes de plomb
pas de scrogneugneu pas de vieux pas de jeunes pas de bébés
pas de bavoirs.
Pas de morts pas de vivants pas de morts-vivants pas de nés
la nouvelle année.
Pas de sapin, pas de gratin repasseront pour la farandole.
Pas de schnaps ni de bouzouki pas d'osmose des nonosses aucun
molleton.
Pas la dinde pas si petit le bigorneau pas le tourteau pas les
douze pas les huîtres pas le fruit pas la mer.
Pas tâta pas Mimi pas le chapeau pointu, pas à tu
pas à toi.
Par la bise venue par le froid répandu par la ville
l'homme entendu.
Faudrait-il toujours l'appeler le vent d'hiver? Délocaliser,
4 janvier 2008
Comme l'absurde proposition d'une installation de la ville
à la campagne, ce constat simpliste: la banlieue
à Paris et voilà le problème définitivement
réglé. Essayer n'est pas une mince sinécure.
Prélever un échantillonnage et le transbahuter
dans le 16ème, le 8ème, le 7ème, le 6ème,
le 17ème (arrondissements). Transbahuter signifie retirer
ponctuellement du «bahut» et mettre en route. Trans
signifie à travers. Traverser. Prendre des chemins de
traverse. Ne signifie pas, dans ce contexte, tergiverser.
Prenons ceux de là-bas, de la banlieue et emmenons-les
ici. Ceux-d'ici, impossible de les emmener là-bas, ils
préfèrent ici. On pourrait les comprendre. J'ai
essayé en vain. Ceux d'ici, les emmener visiter les hauteurs
de Montreuil, de Fontenay, de L'Haÿ-les-Roses, son air pur,
ses curiosités, son mur, ses roseraies, ses vérandas,
ses lutins et ses nains de jardins pavillonnaires. Personne au
rendez-vous. A Vitry, le musée nouveau bien achalandé
en pièces nouvelles d'art contemporain peut attirer artificiellement
de nouveaux visiteurs venu d'Intra-Muros. Les hauteurs de Montreuil,
hormis l'argument spécifique de la hauteur et de la distance
nécessaires en toute chose pour que soit bien considérée
la chose en question, n'attire pas foule et pour mieux dire,
personne. Ne pas attirer foule ne signifie pas enfoncer des portes
ouvertes. Si cela signifie ouvrir une porte béante (hermétiquement
close), enfoncer une évidence, ouvrons l'huisserie, poussons,
forçons les verrous, avançons ailleurs et plus
loin, avant que soit retombée la poussière de nos
chaussures? En délocalisant l'échantillon, en le
transportant, nous ne déplaçons pas la question,
nous la soulevons pour ainsi dire à main nue pour que
ceux du dehors deviennent, le temps d'un transport, ceux du dedans
(intra muros).
Leurs impressions? Là-bas, c'est vraiment autre chose.
C'est différent. On ne peut comparer. C'est incomparable.
On dirait une ville étrangère, aux pavés
anciens. La vue du fleuve est magnifique. On peut s'y promener.
On peut emmener des amis. Les parents aimeraient. Je kiffe. C'est
un florilège rimbaldien. Je marche pas je rêve.
Leur montrer, à tous, à chacun du groupe, le passage
et le prix de l'octroi de Paris au Musée Carnavalet, c'est
leur montrer l'histoire du passage, la chute des fortifications
et l'histoire des pouvoirs et des libertés arrachées.
Qui leur aurait jamais dit que ces libertés leur auraient
été un beau jour concédées, discutées
et refusées puisqu'elles vont de soi. Plus précisément,
elles viennent d'eux, du tréfonds véridique d'une
parole qui dit : «eux ce sont eux, et nous c'est nous».
Eux, ce sont ceux de là-bas (installés en terrain
conquis depuis toujours, chaque table de facto occupée,
chaque chaise, toutes les places gardées d'une cafétéria
d'un grand musée du Rond-Point des Champs Elysées),
qui sont ici partout à l'aise, partout chez eux ad vitam,
partout en terrain conquis d'avance. Ce terrain conquis d'avance
va de soi qui revalorise une banlieue en termes de propriétaire
foncier (charmant pavillon 2 niveaux, véranda, possibilités
aménagement d'un atelier, agrément d'un jardin
ouvrier).
Que transbahuter la banlieue dans le 6ème n'aille pas
de soi, c'est une évidence et comme telle, difficile à
démontrer si l'on refuse de considérer comme un
paramètre du modus vivendi le prix d'un seul ticket
de métro jusqu'à Paris, sans compter le retour
en banlieue (nécessaire et souvent obligatoire). Archéologie et mythes fondateurs,
7 janvier 2008
Les représentations des mythes sur les vases peints
permettent de se figurer les héros, entre la réalité
historique et la légende véhiculée.
Les épopées, récits de hauts faits guerriers,
comme celui d'Achille dans l'Illiade ou d'Ulysse dans l'Odyssée,
ont été racontés par des chanteurs, des
aèdes inspirés par les Muses, filles de mémoire.
La mémoire historique de la Grèce se retrouve donc
véhiculée par le récit littéraire
et poétique oral et l'aboutissement en est l'oeuvre d'Homère
(750 ans av. JC) qui augure la littérature en Occident.
On peut chercher et trouver les liens qui sont tissés
entre la poésie, la rhapsodie, le théâtre,
la littérature et les faits historiques les plus précis,
datés scientifiquement. Ces liens existants et tangibles,
sont partout visibles et consultables par tous les citoyens aujourd'hui
dans les musées, ouverts à la curiosité
des chercheurs. Le premier, a été créé
à Alexandrie, en Egypte, par les grecs, dans une bibliothèque
qui est un lieu culturel et scientifique et déjà
moderne dans son esprit systématique. Il trie, rassemble,
classe et analyse en opérant des rapports culturels de
causes à effets.
Il n'est pas un élément de la vie quotidienne (ethnographie)
qui ne soit relevé par les artistes grecs sur les amphores,
les vases, les coupes, les cratères. Ainsi on verra dessinée
et peinte dans ses moindres détails la technique des arts
de la guerre post-homérique pratiqués par les phalanges
hoplites, où chaque citoyen athénien participe
à la défense de la cité: l'armement se compose
d'un heaume, d'un corset, de jambières, d'une lance haute
et d'une épée courte. Le soldat est protégé
par un bouclier rond à double poignée interne en
bronze, bois ou cuir (fresque peinte sur un vase protocorinthien,
trouvé villa Giulia, à Rome, en 640 av.JC). Les
Hoplites sont soudés les uns aux autres par un serment
qui les lie à la défense de la communauté
en armes, réglementée par l'égalité
et les devoirs de chacun, dressée en phalanges par la
discipline guerrière à défendre la cohésion
de la politique athénienne, par et pour le peuple.
Ainsi les rapports entre la représentation artistique
et la vérité historique sont-ils étroits.
Les analyses faites des documents et parchemins, avant de livrer
une évocation poétique, une impression vague et
subjective des temps depuis longtemps révolus, permettent
de révéler de façon précise, souvent
par une datation chimique des éléments matériels
qui composent le document, les conditions politiques, économiques
et culturelles des mythes des légendes et des histoires
qui ont fondé les différentes civilisations.
Isabelle Dormion
Proches
et lointains, 14 janvier 2008
«Peut-être l'art n'est-il qu'une tentative
prométhéenne de fixer ce qui, par un décret
des puissances suprêmes, doit être entraîné
et anéanti. Peut-être que Baudelaire croyait être
le plus haut témoignage que nous puissions donner de notre
dignité, apparaît-il au contraire à l'Etre
infini comme un effort dérisoire pour contrecarrer ses
desseins. L'oubli est la loi inéluctable contre laquelle
désespérément nous nous insurgeons.»*
Que subsiste toujours un lieu idéalisé d'une enfance
perdue contribue à nous maintenir dans l'illusion de retrouvailles
toujours ajournées. La nécessité nous impose
d'une récréation, le loisir d'un transport rendant
artificiellement vacants, transbahutés une heure durant,
les jeunes gens et les filles accompagnés. Deux d'entre
elles, malgré le bruit, les portes refermées et
le couinement métropolitain des signaux, s'endorment,
la main posée sur la vitre du véhicule trépidant.
La première tentait, déjà à Nation
la lecture diagonale, énervée, à très
grande vitesse, d'un long article de René Girard**. «Souviens-toi!»,
c'est l'ordre édicté par la rapidité du
transport obligatoire. N'oublie rien de la fatigue non pas désespérée
mais désenchantée des étudiants à
qui nous tenons compagnie, les yeux fermés entre Miromesnil
et Iéna. Que resterait-il à leur offrir sinon le
seul luxe qu'il nous reste, le temps concédé. La
parcimonie est désormais une règle ambiante.
Un jour à Bayeux, la côte n'est plus si loin, une
heure à Saint-Germain-en-Laye, quinze minutes de retard
et jamais rien de plus. Une grippe diplomatique, les soins dentaires
indispensables, un père retrouvé, autant de prétextes
pour suspendre dans le refuge et le retrait l'obligation où
la contrainte sociale nous enserre. Une soustraction plus qu'une
distraction ou pire un vol de temps, ce délit absurde
et insolite, le temps d'une clope cachée ou pourquoi pas,
d'une tasse de thé! Se soustraire, temporairement ou définitivement,
par la maladie, l'échec ou la mort à l'implacable
exigence sociale, notre quotidienne folie, est souvent pour certains
d'entre eux, si proches encore des étés de l'enfance
qui perdure en eux, la seule issue, dont l'élégance
silencieuse et solitaire me glace d'effroi.
*François Mauriac «Nouveaux mémoires intérieurs»
**René Girard «Les signes apocalyptiques du monde
moderne» dans «Le Monde des religions» janv-fév
2008 (n°27) L'éloge
de l'autre, 15 janvier 2008
L'autre, la grosse à poussette! Il ne faudrait pas
en parler. Où les mères pullulent et soudain, grandes
causes, petits effets, les enfants prolifèrent (statistiques
de l'INSEE) ou je ne sais plus où me mettre. Quand ce
n'est pas l'un c'est l'autre, s'il y en a un, il y a l'autre.
Un nouvel avenant collé aux parois du véhicule
(122) indique qu'en fonction de la (nouvelle) citoyenneté
2008, ce sentiment qui honore non seulement les uns, mais aussi
les autres, nos hôtes adorés, les poussettes (pas
plus de trois, voire quatre) doivent être repliées
en cas d'affluence. Replier la poussette d'un bras, tenir le
bébé (11 mois et demi) de l'autre. On regarde le
dessin collé à la paroi, incitateur. Tenir parka,
fenouils, carottes et couches entre les dents? Le 122, hormis
à l'heure exceptionnelle qui précède le
petit goûter des uns, correspondant à l'heure de
la sieste chez les autres (plus de 65 ans dans le Quatorzième
Arrondissement avant le rendez-vous chez le sino-endocrinologue-acupuncteur
remboursé par la SS), la sortie des écoles est
toujours soumise aux conditions impossibles de l'affluence, des
pressions, des coups dans les tibias et les autres rotules; conditions
dans lesquelles je n'ai vu jusqu'à ce jour qu'amabilités,
surenchères, assauts de politesse, connivences, petites
et grandes rigolades, quolibets et concours d'amicales moqueries,
échanges gracieux entre le conducteur, le conduit, le
conducteur et le transbahuté. Pas un seul éconduit,
sur ma mère la vérité.
Que le transport soit le media, le transbahutage, le lieu (Logos)
m'avantage. J'y suis contrainte, allant par exemple de la rue
du Faubourg Saint-Honoré (Soldes chez Machin) au Marché
de Saint-Denis Basilique (ses grand rois illustres et ses fameux
pauvres). J'ai vu le tout petit coeur du minuscule dernier roi
confit comme un pruneau et ramené au Lieu de la royauté.
A deux pas du parvis, enfin parvenue aux lieux d'une humanité
plus relative, à relater, les manants ramassant pour l'écuelle
les fanes de fenouils à terre à la fin du marché,
joints aux branches de céleri (fan club du pauvre).
Ce véhicule, lieu captif, permet, en position passive/active,
d'observer tout ce qui se passe et qui lasse, la prolifération
des poussettes, la priorité des poussettes, la haine des
poussettes, la multitude des poussettes, la sympathie inhérente,
manifeste, obligée, accordée aux millions de bébés
véhiculés, l'obligation d'un seul sourire dispensé
par la magnanimité d'un caprice (mon sourire et je hais
tous ces bébés) quand il ne faut pas hisser le
véhicule (la poussette) dans le véhicule (le transbahut)
ce (fameux) moyen, le 122, d'une locomotion obligatoire, durant
ce temps perdu du transport, mais, ma Mère! combien de
millions de secondes?
Où dois-je en venir? Nulle part, au sens strict (stricto
sensu). Fuyons! Gagnons l'Espagne par l'Andorre. Allons-y pendant
qu'il est encore temps, je connais un passage par Travesserras.
Vivons enfin de notre pêche. Mangeons là sur le
pouce à l'escabèche ou pendant la saison, faisons
la fiesta pas trop loin d'Ibiza (presto!).
Dimanche, les poussettes étaient rentrées, laissant
la place au (fameux) mendiant-bouffon de type libanais, celui
qui fait tant rigoler, il pourrait, pourquoi pas, être
Iranien, pourquoi lui, celui qui exploite la rame, la barre médiane,
qui l'escalade, qui la chevauche, pirouette rythmique, virevolte,
sautille, atterrit dans le tempo, saute, s'envole, triple saut
périlleux, repoussant aux lundis, jours de l'achat des
couches, les poussettes, les multiples grosses mamans silencieuses
(baby blues), celles qui barrent le passage, celles qui occultent,
celles qui gênent*, les hôtes, mes autres, les miens,
les miennes. (Demain faire l'éloge).
*Gehenne, l'enfer, c'est les autres de l'autre, d'une altérité
plus sartrienne. Les
Suisses aussi sont secs, 22 janvier 2008
La Cité des Arts devant la station fermée de
Pont-Marie accueille une exposition sur l'art Australien et l'art
aborigène dans ses vastes salles grandes ouvertes sur
le fleuve, la lumière dispensée des quais espacés.
Le petit groupe d'étudiants qui se sont joints à
la visite fait face à la commissaire* dans un jeu de miroirs
à plusieurs facettes. Complexes et simple focale. On y
va. On regarde. Dehors, le vent et la pluie en rafales. Les jeunes,
dépourvus du moindre préjugé en matière
artistique, enfoncent un à un tous les poncifs au marteau
piqueur. On approuve. La commissaire applaudit et surenchérit.
On avance. Face à eux, les oeuvres, photos, sables, coquillages,
peintures aborigènes vendues autour du monde entier la
peau-des-fesses, face à eux, en eux, coule une parole
étrange et familière. Là, en lettres lumineuses,
Alien, l'autre étrangeté. Ici la violence est partout,
que l'on désarme, dans ces portraits dévisagés,
qui sont ces hommes? des australopithèques, ces repris
de justices? que des racailles? demande le garçon. Ces
blazes, t'as vu, mais dis-moi, les yeux, la tronche, patibulaire,
pas si suisse que ça.
Et nous aussi sec de dégoiser, l'art premier, le dernier
de la classe, et vas-y et c'est beau, et là, pourquoi
cette veste, une vêture d'éboueur avec des perles
des îles, et les petits points et les codes et les symboles
et ceci et cela, et les Belges et Tintin et la Culture et la
médiation jusqu'au moment où l'un d'entre nous
cherchant, on le comprend, l'issue de secours au second étage,
aurait déclenché l'alarme, distrayant tout le cercle
enchanté de la conférencière.
Je priai les ancêtres
(Edmond Campion, le saint, équarri martyr,
Ascendant, du bûcher renais des cendres, dis-moi tu,
Toi le valeureux, sois avec moi,
Astre des temps révolus,
Eau limpide des âmes,
Source des larmes, mon salut, ma mémoire,
Exemple des coeurs, clé des âmes, intercède
en ma faveur, accorde que je te tutoie, ordonne et fais, protège
l'innocent, Stridences célestes,
Edmond-Tonton toi t'as tout! fais et dis que l'alarme ne soit
pas reliée au commissariat!)
Les Arts Premiers! à trois on se casse tous, sauve qui
peut, Alien qui veut!
Je suis.
* Géraldine Le Roux, anthropologue à l'EHESS
et à l'Université du Queensland
L'éloge
de soie, 29 janvier 2008
Les Olympiades abritent les galeries asiatiques où
se vendent les soieries et quelques miroitantes robes aux sept
couleurs d'un arc en ciel acrylique. Trompeur soleil du Levant.
On ne parle jamais de soie, on s'en fout, mais plutôt de
l'Autre, qui lui, luirait se levant tôt, lui, ne se gênerait
pas -il s'appelle Eugène-, elle c'est Jennifer celle qui
gêne et qui sait faire, pour marcher sur les pieds et si
l'occasion s'y prête les piétiner de concert, l'un
n'allant pas sans l'autre, les deux faisant la paire.
Ici le détail-blog de l'emploi du temps, sans le moindre
intérêt, pour soi comme pour l'autre truie, Jennifer
ou sa colocataire du même acabit au minois menu de rate
grignoteuse, celle qui est capable de boulotter à elle
seule, mine de rien, un câble électrique dans la
journée.
-Jeudi dans la nuit, illustration des fables de la Fontaine,
où je mis à profit l'enseignement qu'il me fit
à Château-Thierry, l'autre fief où nul autre
fieffé ne pourrait être admis sans être frappé
par la foudre. Que faire du livre? Le punaiser au mur?
-Vendredi, travail théorique sur l'image et l'iconoclaste.
En pure perte. Colles et ciseaux, les marques, la publicité.
Duracell/Sarkozy c'est facile. De la colle, et on le met sur
un bateau, mais on est dans la fiction et on y reste, là
où coulerait toujours la rivière Yamuna, au Taj
Mahal. Splendeurs et glacis des Images. Ils parlent d'auto-censure.
Tout le monde rigole? Non. Rue Château des Rentiers, et
c'est à deux pas, je vais aller voir sa tête. Au
trader de la Société Générale, tout
seul truqueur, voleur, trader/traître (?) en garde à
vue devant tous désigné, puni ou coupable. Les
journalistes. Tiens, j'y vais tout de suite et je vais au pain
(littéralement) et au turbin de la banlieue.
-Vendredi après-midi, Je besogne. La médiation.
Il faut relire Gombrowitcz , plus bourreau que victime, ça
reste à voir. Les tantes culturelles, si pédagogues,
défauts d'icelles. Incident à la Cité des
Arts. L'hystérie des nantis. Raconter ça? Une amie
m'exhorte: vas-y, écris le! une autre: envoie-le à
Libé. Non! Cette femme que la peur et la haine défigurent!
La décrire? Pourquoi? A quoi bon?
- Samedi. Oxford, Edmond Campion. Non, plutôt chercher
en Irlande. Bibliothèque familiale, rien. Les bois de
la baie d'Authie. Les soles brillantes, à peine sortie
de la mer, juste grillées. Ces gens avalant des monticules
de fruits de mer, s'en foutent plein la lampe, plats coûteux,
bâfrent, les conversations, peu, pas un mot derrière
moi, cliquetis des verres de vin blanc. Le regard baissé
des époux, face à face, devant les algues, les
huiîres et la glace. Cette odeur nauséabonde des
rince-doigts au citron vert senteur synthétique des Caraïbes.
Comment disent-ils, on se fait une petite fête? Quelque
chose de classe. Chez Mado, la reine mère du maquereau
et des bigorneaux. C'est le mot élégance qui me
dégoûte. «Aux chiottes les velléités
d'élégance!» aurait dit mon père,
ce grand seigneur. La vérité ne pourrait être
une posture, sa quête, souvent simple malentendu avant
l'imposture.
- Au cimetière, la tombe d'un accordéoniste, celle
d'un chasseur, perdrix et courlis frappées dans le marbre,
le couple des Polonais et pourquoi donc Coco Belleux, là,
juste recouvert de terre et plus loin, un jeune motocycliste
dessiné dans la pierre en mouvement, frappé dans
un virage un vendredi, ça n'en fait pas un ange.
- Le cimetière chinois, ceux qui sont tombés en
14-18, je les connais. Je ne connais rien. Terre close. Leurs
noms.
- Cette émission de variétés, Energie, les
jeunes, ce qu'ils osent, ce qu'ils craignent.
- Oser sans élégance. Les soldes en Angleterre,
pratique, on y est en deux minutes. Détestation. Y aller
là-dedans, l'achat. Les chaussures! L'argent. Le fric.
Le pèze, son élégance, le pognon, son élégance.
Pierre-Elie qui dit «tu devrais travailler ta foulée
pour rattraper le bus!». Lui est dedans les pieds calés.
Il regarde passer les vaches. Il reste dedans. Les pieds en sang?
Victime. Non, ce n'est pas tout à fait ça. Dedans.
Dehors. Les limites. Lignes de fuite.
- Ce film «Gone, Baby gone» dimanche, salle bondée,
comment s'appelle la poupée de l'enfant retrouvé
à la fin de la projection?
- Les images de la fourmi au microscope à balayage électronique.
Ces yeux multiples sans cils me scrutent. Je n'avais jamais vu
que le dos de la fourmi portait des minipoils. Avec tant de fardeaux
portés, elle garde des poils inusables, ça m'épate.
La cigale a le poil dans la main. Faudrait-il le regretter?
- Orfeu Negro, c'était si beau. Là, dans la pile,
on trouve la partition. Do7. Sol7 ad libitum. Dans pleurnicher,
il y a nicher, très lourd. Pleurnichons peu!
- Bon , la description de la fourmi. Commencer portrait de Jennifer
pauvre salope, celle qui moralise par calcul, oui, portraits
fictifs de vrais faux-culs. Bizarre, Bizarre, vous avez dit Bigard?
1er Février 2008
Le 9 septembre 2001, par
provocation, j'adressai à un éditorialiste du Nouvel
Observateur un substrat d'insanités sur l'ineffable Bigard,
qui, s'il n'appelait aucune réponse, faisait néanmoins
l'éloge de la ménagère de plus de cinquante
ans et le procès de toute vulgarité, y compris
dans les prétentions alambiquées des chroniqueurs,
les nôtres, à la distinction. Il y a dans la prétention
intellectuelle une vulgarité insupportable parce que masculine
et communément tolérée. Or ce qui est commun
est vulgaire. Ces gens sont vulgaires, je n'en voudrais pas chez
moi, qui ne prétends qu'à la paix dans mon salon
et au droit à la sélection. Je ne fréquente
que des voyous -c'est dire la difficulté d'une sélection
rendue de plus en plus ardue au delà du périphérique-
tous dotés d'une certaine distinction. La canaille des
salons! Quand les maîtres, nos mecs distingués en
ethnologie, nos cousins adorés, incestueux, notre tribu
au sang de navet, le village où nos mecs, nos cousins,
ceux de notre groupe dégénéré par
l'alcool et le désespoir, mes indiens sans cause, connaissant
les règles d'alliances et de mésalliances, nous
échangeaient, corps de rêves, minois jolis, nichons
fleuris peu Bovary, il ne manquait pas un loup de la horde pour
nous hurler à la pleine lune dans l'auditif la conduite
à tenir: lis Untel, relis Untel, va, vois Machin, cire-lui
les pompes, vas-y, et pourquoi pas -c'était implicite
ou délicatement suggéré- c'est un homme
merveilleux.
Le seul à n'avoir pas chanté cette berceuse qui
nous endormait à la lune ennuyeuse, c'est Robert Jaulin,
esprit et mémoire des airs, avait une certaine distinction
naturelle, il courait plus vite que l'indien et savait vivre
comme il sut mourir, gaiement, sans bramer l'adieu aux siens
comme aux chiens et sans faire le moindre embarras.
Aux nues il plut hier comme aujourd'hui.
Les autres sur la tête de ma mère tous racaille
et compagnie sauf un (maquis caché).
Que signifie vulgus? Commun. Le peuple n'est pas vulgaire. La
vulgarisation est vulgaire. Le banlieusard n'est pas vulgaire,
la démagogie est vulgaire. Le bus 122 n'est pas vulgaire,
le GPS est vulgaire. Il est préférable de s'énerver
en vain contre la démagogie, c'est un argument, c'est
une stratégie éditoriale, c'est aussi vain que
de discréditer le GPS, la gestion du stress new-age, le
culte du développement personnel, les soins esthétiques
pour hommes, la lutte contre les trottoirs salis, c'est une cause
entendue, la mégalomanie d'Armani. Il est préférable
de s'indigner en vain, la bouche en cul de poule contre l'impossibilité
de l'indignation pour que tout s'apaise à la maison.
Lisant Gala chez le coiffeur comme tout le monde, je tombe comme
les autres tondus et coiffés, sur quelques pages sublimes:
une actrice italienne, tenant une guitare page tant, souriant
de profil page tant, et disant page tant «je sens que je
ne suis pas prête» et ailleurs, en gros titre, quelque
chose du genre «Alala! madouébeniget, mais quest-ce
que je m'ennuie quand je suis contrainte et que je suis pas libre
de chanter ma life». Va-t-elle obtenir ce taf, d'épouse
c'est difficile à pronostiquer. Elle a une bonne tête,
elle peut avoir des mecs bien, tous les beaux gosses, je ne lui
veux aucun mal, mais qu'elle n'épouse pas n'importe qui.
Elle a été distinguée parmi tant et tant
d'autres à pourvoir, il lui faudrait désormais
comme tout le monde distinguer ce qui est fun de ce qui est trash.
Fun, c'est «j'ai testé pour vous Sarko, c'est vrai
il ne sait même pas jouer aux échecs, tout compte
fait, je préférais Fabius». Trash, c'est
ce qui va lui arriver si elle se conduit comme Madame Coty. C'est
horrible. Il lui faudrait apprendre le tricot, comme Britney
Spears, Madame Coty et Madonna. Si elle tombe enceinte, il lui
faudra attendre au moins huit mois la naissance du petit roi
de Rome, ingurgiter de l'huile d'argan et le faire savoir par
césarienne chez Ardisson. Elle ira à la télévision
avec Mireille Dumas qui l'interrogera sur les bienfaits de l'huile
d'argan et les merveilles du renoncement et de la lutte contre
les vergetures. «Alors, Carla, heureuse?» On entendra
ça. «Puis-je vous demander madame, avec votre respect,
si votre mari est un authentique queutard comme ce fut dit par
sa précédente et romanesque épouse dans
la littérature en tête de gondole?». On est
là-dedans, avec Tom Cruise en arrière-fond scientologue
d'une pensée positive qui nettoie tout et la fumée
des cigarettes et le pas-net, sans rémission possible.
La personne italienne va-t-elle supporter les difficultés
d'une charge rendue aussi difficile, les innombrables voyages
contraignants à l'étranger, le jet lag qui
donne des rides, les insupportables visites aux insupportables
couturiers cyclothymiques, vitrine de la France, Paris merveilleuse
Ville-Lumière, fille aînée de l'église,
pionnière, intelligente, intellectuelle, tête chercheuse
du monde, vendue à l'Arabie Saoudite, pactisant avec l'alibi
du VRP commercial, moderne, vendue à l'encan, à
la diplomatie définitivement bousillée malgré
le docteur, aux réseaux démantelés, aux
finances ébranlées, aux corporations détruites,
vendant son patrimoine culturel aux plus offrants, détruisant,
modernisant, globalisant l'idée même de culture,
vendant, modernisant, harmonisant, anéantissant tout en
un temps record d'une braderie éhontée. Pas le
temps d'un soupir!
Mais que Bigard soit devenu l'étalon or du caca-boudin
et de la distinction soldée en-dessous de la ceinture,
la moutarde du 9 septembre 2001, celle qui a initié ce
projet des turbulences, me remonte au nez de fureur. Les dernières
préoccupations des ultimes journaux télévisé
bigardiens*, comme on dit bourdivins et sacrénom de Bourdieu
la prophylaxie des toilettes en maternelle et les difficultés
intestinales de nos petits mimis scolarisés souffrant
de "constipation chronique" , celle de l'expertise
médicale mandatée par le journalisme distingué
à la télévision à une heure bénie
que même l'ami Ricoré, le dernier des amis, le premier
réveillé, toujours là et positif au soleil
souriant comme Tom Cruise, aurait désertée.
*Bigardien : deux fois gardien du sens.
Disant à Montreuil le mot "stoïcisme",
on crut à une maladie! (non transmissible) Régalien?
(Notes de nuit dimanche) 4 février 2008
Plutôt que de lire lundi toute la presse titillée
et réactive à l'annonce du mariage élyséen,
je préfère penser une idiotie, un pauvre lieu commun.
La publication des bans n'a pas été faite en temps
et en heures légales. La veille, ce mariage était
prévisible. La stratégie est-elle cousue de fils
blancs? Souhaitons aux épousailles le meilleur et basta!
Hasta luego! Une croisière en Mer Egée! photos?
Croisons les doigts! Quant à la simple petite robe blanche,
la réquisition du maire (c'est lui qui le dit à
qui veut l'entendre aux portes du palais) à domicile,
l'usage privatif des lieux de la république, sans représentation,
sans invitation symbolique, sans diplomates, sans diplomatie,
sans rituels de la république, sans tenir compte des usage
publics ni des usages privés, avec quelques photos volées,
d'une vie privée, qu'en dire sinon que c'est une filmographie
où le fantôme de Visconti n'aurait certainement
pas été requis en voiture de fonction, ni même
invité à l'office. Il l'aurait désertée
sans y jeter un oeil. Ceci, jamais vu, n'impliquera aucun effet
de sidération chez les contempteurs, nos contemporains
et concitoyens.
Curieux, c'est par Paul Celan et Martine Broda que j'avais
remarqué, avantageuses, la taille et l'envergure, avantagées,
des ailes icariennes prêtées par les dieux à
Villepin songeur. Un ami polonais m'avait parlé de la
traductrice de Celan, publié aux Cahiers du Nouveau Commerce
et je m'étais abstenue de tout commentaire. Je ne peux
m'empêcher aujourd'hui, mettant en rapport la sérénité
de l'ex-insomniaque en échappée belle et la nervosité
compulsive de notre actuel président pirandellien*
de penser que l'albatros aurait non pas le dessus mais "gain
de cause". Il semble encore convaincu, sur un plateau de
télévision, des bienfaits du nectar et de l'ambroisie
distillés au goutte à goutte et tous les jours
recueillis. C'est étonnant, peu politique et suicidaire.
La poésie ne sert rien ni personne. Elle n'est pas un
état de grâce. Plus cruellement, elle ne pourrait
se porter garante. C'est la force de sa faiblesse. Elle passe
où rien n'est entendu. Les artifices de l'hexamètre!
Tout est faux, bidouillé, chaque phonème à
l'arraché, trafic, tout est usiné, nocturne, chaque
sonnet fabriqué mot à mot à partir du néant
pour survivre à l'humaine solitude. Personne ne convoque
Rimbaud en colloque.
Le Président Sarkozy, lui, voudrait faire ce qu'il
dit, édicte ou ordonne, il usine le jour et réalise
la nuit, il plie la réalité à sa propre
loi dans une action qui le brisera sans qu'il puisse jamais décoller
de la glèbe. Qu'il joue avec les symboles, c'est une autre
affaire! Pour ce jeu risqué, il ne faudra pas quérir,
en l'honorant, Edgar Morin, c'est insuffisant pour le crédit
à venir s'il avait vraiment besoin d'une pseudo-caution
intellectuelle. Il ne lui faudra pas rendre compte, il ne tient
aucun compte, ni de la parole, ni de sa parole ni de la fidélité,
ni des fidèles, ni du temps, ni des infidèles,
ni de l'espace, ni du silence, ni des mensonges. Il est dans
sa fonction, il l'agit, il l'agite, il ne la représente
pas. Il est acteur, producteur, réalisateur et diffuseur
de son propre scénario. C'est une fiction hyper-réaliste,
à la fois étrange et inquiétante. Il n'a
pas de scène à sa liaison comme à son divorce,
comme à son remariage, il y a une violence de la représentation
présidentielle et dans son trucage réaliste, il
y a une forme d'ob-scénité.
Curieux, le style littéraire des politiques, ils écrivent
comme s'ils devaient égaler tout à la fois Marc-Aurèle
et Jules Renard. Trop grand ou trop petit.
*Henri IV, Pirandello Dur de la feuille, 20 février
2008
La mouche ne descelle ni le secret ni la bouche
que dirais-tu, toi qui passes du vent qui parle?
J'ai vu au Musée Cernuschi un oiseau en bois comme
étaient faits les appelants Baie d'Authie
Sons d'automne
L'autre femme sur l'étau avait lié les soies, une
goutte de cire coule sur le bord de la sandale.
Et tu n'entendrais plus vers la mer le souffle de la flûte
di?
Je ne te crois pas.
(Sonotone)
(La haute rame sur l'étang avait nié les lois,
une goutte du Sire coule à mort, du scandale
Et tu n'étendrais plus vers l'amer le souffre? Dis c'est
du pipeau?
Croix de bois.) Dame
de l'Oronte, 25 février 2008
Voilà, toujours là, face au dieu de l'orage,
la dame en oraison.
Noter. Les yeux, les dessiner de mémoire, le nez, pas
de bouche. Portage de l'agneau, la tête sacrificielle reposant
sur l'épaule gauche.
Face aux inepties plus qu'une seule lettre à changer,
l'inertie. Les inertes, mouvement ultra-actif des rombières
de l'ex Gauche prolétarienne. Mais qu'est donc devenue
Suzon et son poil au blason, toujours si véloce?
C'est le mot 'noter' qui s'impose auquel se joint une docte passivité,
à contre-courant. Le seul mouvement mobiliserait toutes
les forces pour n'être pas emportée. Flux des gens.
A la gare du Nord, l'arène et les gros camions Montoya.
Les musiciens en bandes reprennent le train en jouant le même
air de parade. Les fragments de papiers brûlés retombent
jusqu'aux bordures des quais. Cette femme carrée, avançant
sur les dallages comme une figure d'un jeu d'échec monumental.
La tour avance. Sa fille, la tourelle sauteuse, fonce en diagonale
vers un long type à rouflaquettes, chaussettes et tongs,
tenant ce que je prends à tort pour un banjo américain.
La pluie, les parapluies de toute la ville, dans un mouvement
lent et coloré, la pluie attend puis accompagne le départ
des musiciens. Un type pris pour un moine en surplis, erreur
monumentale, c'est un visiteur en imperméable couturier
dans une matière expérimentale du futur, une tentative,
le recyclage des vieux sacs de la cimenterie voisine.
Tous ces jambons au marché central, une armée
charcutière, puis des fraises, puis des anguilles et des
fleurs et des fruits de mer et des douceurs aux amandes et des
pâtes de mandarine et des confiseries aux pignons.
Je me souviens être allée seule et tôt
vers Aranjuez, un jour, bien décidée à débusquer
les autres secrets sans mystification, la marche rapide, celle
du matin dans les allées du jardin.
Qu'une seule fois les promesses d'une réunion ne soient
pas tenues et c'est le monde qui s'effondre. Ils arrivent les
uns après les autres, des dizaines, serrés dans
l'uniforme de la fanfare, naturels. Chaque plan les montre tels
qu'ils sont, ceux qui attendent que soit donné le départ.
L'un d'eux ne parle pas. L'autre tient la anche entre les dents,
ajustant les différentes parties de l'instrument dont
le boîtier reste posé sur la Fontaine de Neptune.
Quand le cortège s'ébranle, nous suivons en
cadence, comme si nous étions toujours de la famille.
Depuis le temps, personne ne s'étonne plus. La ciudad huele a Fallas*, 3 mars 2008
L'éventration des larges avenues vers la cité
des Arts augure mal la sortie matinale. Que des hommes et leurs
compagnes, venus de toute l'Europe, puissent boire et festoyer
sans discontinuer, cela n'ajoute ri ne retranche rien au fait
que les abords de l'auberge sont cauchemardesques. Résister,
le dimanche désert, à cette impression d'avoir
survécu au cataclysme après les pétarades
et les explosions diverses, c'est rejoindre l'accalmie des lointains,
nuages éclairés par l'espoir d'un retour imminent
au bercail, au-delà des limites de la ville, moderne et
désuète.
Les dresseurs de dauphins, munis de sifflets à ultra
sons, athlètes dévoués à la cause
animale comme à l'amour des cirques bondés et populeux,
mènent un ballet pétillant, enfantin, optimiste,
turquoise, plouffant, piaffant, caracolant, synchronisé,
professionnel, poissonnier, répétitif, jeune, débilitant,
vieux, virevoltant, ils sont vêtus d'une combinaison qui
les protège dans cette eau glacée, montrant une
musculature sans faiblesse, une détermination sans faille,
un positivisme sans une seconde d'hésitation. Les dauphins
suivent le rythme, ils gobent en saut périlleux, sous
les applaudissements de la foule ravie et passive, les poissons
que les maîtres du ballet leur lancent comme récompense.
Plus loin, dans l'excavation d'une nouvelle construction, un
chien noir et blanc divague, rescapé d'autres âges,
sans que personne de l'assistance ne puisse affirmer qu'il est
ou non porteur de la rage. Il apparaît souhaitable, pour
l'excellence d'un compte rendu à la ville et pour le bon
déroulement, à jamais innocenté, par et
pour le peuple, du ballet des gentils dauphins, qu'une menace
plane, lointaine et proche, la rage venue du Maroc, les menaces
terroristes, le coma éthylique pour les plus enragés
des fêtards venus d'ailleurs. Ce serait un fait divers,
qui savait que parmi les chiens, celui qui a transité
jusqu'à Tarbes a mordu au flanc gauche un chien espagnol
qui est là dans cette ville pétaradante, attendant
à la sortie un dresseur de dauphin, ce superbe specimen,
un sportman invincible dressé aux States, ce magnifique
ami des bêtes de niveau international? Qui saura arrêter
la menace qui plane, le chien, cette bête rageuse du Moyen-âge,
narguant Pasteur sous notre nez, compromettant la beauté,
la candeur, la sérénité, le bonheur, la
joie, la paix, la fanfare, la parade, le défilé,
la cathédrale et son parvis, les familles et les familiers,
les visiteurs et leur visite.
Et c'est à toi que je m'adresse, vieille branche! Gaffe
à dimanche!
Micalet n° 941 - 22 de febrero de 2008 - Semanal gratuito
de ocio y actualidad «Valencia huele a Fallas»
- Valence sent les "Fallas" (fêtes de la ville) L'énorme norme,
Isabelle Dormion, 27 mars 2008
C'est au passage du bac que je revis le Normand que j'avais
croisé un jour, le monde est vraiment petit, et c'est
hier, au quai d'Alma-Marceau en partance pour une croisière
fluviale d'une heure avec quelques Huns et des Wisigoths d'origine.
Ce Normand-là, nul ne le contesterait, n'est pas si anodin
qu'il voudrait nous le faire croire. Il est d'un roux tirant
sur le blond, le teint clair, les yeux fendus et d'un bleu franc
(comme jamais n'eut la Manche qu'il traversa à la nage,
sauvé de la noyade in extremis par le canot qui suivait
la performance). Pure forfanterie. Désespoir sentimental.
Lui, sportif? Il n'a pas tout-à-fait le profil. Il porte
une vareuse en fibres ignifugées, peut-on savoir pourquoi,
il n'est ni vraiment stupide ni complètement intelligent,
je dirais en toute partialité qu'il est assimilé
à tout l'environnement qu'il côtoie, forçant
un peu son naturel. On ne peut parler d'intégration. Il
ne se présente pas à nous disant je suis Daniel
vous savez, celui que vous aviez un jour croisé entre
la rive et l'autre, le temps d'un embarquement, le temps d'un
feu passant au vert, le temps de supputer dans l'auberge de la
rive opposée le nombre de couverts encore disponibles
(à cette heure tardive d'un dimanche pascal).
Entre hier, jour de Pâques et le moment où j'évoque
déjà son fantôme -les temps sont-ils de plus
en plus hâtifs?- il ne s'est pas écoulé une
dizaine d'heure sans effroi, que le voilà qui surgit,
le Normand, et de la poche d'une vareuse triplement sécurisée,
en prévoyance de cataclysmes inespérés,
dépasse un léger branchage, les feuilles tendres
(translucides) d'un peuplier. Où l'a-t-il déjà
cueillie, lui par ailleurs si raisonnable, avant même que
les premiers bourgeons chez nous, vers Ivry, éclatent
enfin, c'est difficile à savoir.
Rien, dans le comportement de ce Normand-là, oserais-je
dire le mien, non, ce serait trop ridicule, rien n'est vraiment
normal. Son nom? Je ne sais pas.
Banderole
et banderilles, Isabelle Dormion, 8 avril 2008
Les villes où les gens du Nord vivent souvent entre les
brumes et les effluves de betterave s'appellent Berck-sur-Mer,
Etaples, Abbeville, Rue, Rang-du-Fliers, Arcq, Chocques et pour
en établir une nomenclature exhaustive, il faut partir
de bon matin et parcourir la côte par temps sec, les collines
de Danes et le cours de l'Authie dans la lumière crue
des premiers jours d'avril. C'est le moment. Découvrir
les villages et lieux-dits de l'intérieur? Une vie n'y
suffirait pas. Sainte-Cécile, Camiers? C'est Pialat interprétant
Bernanos qui aura fait découvrir les déserts hantés
par les vents: l'arrogance s'y érige contre l'humilié
qu'elle bafoue.
Les cristalleries ont été fermées. Les aciéries
n'existent plus. Les mines de nos aïeux ont laissé
des monticules herbeux qui serviront bientôt de pistes
de ski aux enfants des écoles, les derniers côtres
ratissent les fonds plats pour les derniers pêcheurs que
ne nourrissent plus les dernières limandes soles, les
quelques carrelets et les raies qui se vendront bientôt
à l'étalage au prix du caviar iranien.
Les ornithologues amateurs en groupies de nos menus échassiers
déambulent sur les longues grèves boueuses devenues
très écologiques. Combien de hutteux avaient avant
eux entretenu sans en tirer le moindre bénéfice
ni la plus petite once de prestige ces antiques passages, les
nouveaux chemins venteux, les allées obligées de
la tendance, ces "parcours de santé", désormais
damés.
Où sont donc allés nos faits d'armes buissonniers?
Vendus à l'encan. Consommés, exemplaires, comme
les berlingots berckois de la rue Carnot, piétonnière
et commune, rendue vénale par d'inévitables festivals
d'une promiscuité commerciale qui n'est qu'artifice. Un
poissonnier de la rue de l'Impératrice (Eugénie)
avait eu l'excellente idée d'installer des tables et de
proposer des carrelets en caudières.
Les gens du Nord ne se consomment pas en dessert, la gaufre d'un
exotisme un peu chti, frites et populace ravie des beffrois.
Rétifs et pudiques, généreux et sensibles
comme les autres, comme chacun, celui de l'Ouest, l'autre de
l'Est ou plus, le lointain d'Outre-Mer.
Contre qui porter plainte? Contre la bêtise. Incitation
à la haine, exclusion hexagonale étalée,
ceux d'ici contre ceux d'à côté, ceux de
chez nous contre les autres, le Chinois (ce Belge de l'autre
frontière) ou le Tibétain (ce Tintinesque d'ailleurs,
ratatiné et safran) faudrait-il en outre, à l'heure
sacro-sainte de la communion masculine dans un stade, supporter
l'odieux, l'ordinaire de la méchanceté cheap et
tueuse.
Assassinons les faiseurs de banderoles (des chômeurs, des
retraités, des handicapés, des sans-logis, des
Rmistes? des gens du Sud? des partisans de Galabru*?) prenons
leurs empreintes digitales, leurs traces ADN, traquons-les, pourfendons,
pendons-les en toute mansuétude, jugeons et pas une once
de pitié, lapidons-les, écorchons-les vifs, écartelons-les,
brûlons, laminons, à l'heure sacro-sainte de la
digestion, celle de la gentillesse nécessaire, du sourire
ergonomique et des bons sentiments obligés.
S'il faut un film sur les gens du Sud, thym, farigoulette et
fougasses pagnolesques pour déployer de nouvelles imbécillités*
en étendards de douze mètres, faisons un match
Guédiguian-Dany Boon au parc des Princes et voyons qui
des deux gagnera les suffrages, l'unanimité et les plus
belles banderoles à la saison des endives.
*au JT de la 2, il nous est précisé que tous du
PSG perturbateur ne sont pas des «marginaux», ils
sont «insérés socialement», et l'un
est «même ingénieur en informatique».
Vestons
et vestales, Isabelle Dormion, 11 avril 2008
Le diplomate chinois éteint le flambeau d'un coup sec.
On s'agite. Le diplomate chinois lève les bras, fronce
les sourcils, fait virevolter le bâton blanc de l'ordre
requis, ordonne, régule, sévit, se fâche,
gronde, s'implique, s'applique, règle toute la circulation,
il faut le dire, de main de maître, autoritaire, mais non,
avec maestria, magistralement, de façon didactique. La
courtoisie diplomatique n'exclut pas la fermeté, cirons
les pompes, allons-y, la fermeté de bon aloi. Merci, monsieur,
de nous apprendre la circulation, l'ordre, et comment tenir tout
ça, la racaille, avec deux trois tanks bien placés
entre Beaubourg, la place Tian Amnen et la rue de Rivoli, sans
faire le détail.
Moi, franchement, au premier degré du consumérisme,
ce que j'aime le plus chez les chinois, c'est l'exotisme de pacotille,
surtout «Intercontinental» et Paris-Store et le triangle
d'Or et les ballerines en tissu noir, les fausses vestes mao
et les petits éventaux, et ce n'est pas demain qu'il faudra
exiger de moi le boycott d'opinion à domicile: comment
supprimer ce qui constitue la base de l'alimentation rapide,
zlluürpée entre deux rendez-vous: Tung-I Brand beef
flavor, petits vermicelles de blé tendre, déshydratés,
assaisonnés à l'huile de palme et glutamate aggloméré.
En point 3 du mode d'emploi, «Serve yourself», encore
heureux!, «pendant que votre repas soit chaud»,
et si et moi, et moi et moi, je le préfèrais tiède
ou froid? Et vous appelez ça un repas? M'en passer? Et
j'arrêterais le taï-chi? Et bouder Bouddha?
«Il y a une sorte de reconnaissance basse»*
D'autant plus que n'est pas à la flamme olympique qu'il
faudra réchauffer les petites tambouilles de chez Tang,
car c'est le Chinois lui-même qui l'éteignit. Plus
de feu sacré. Comment fit-il? Il souffla? Il étouffa?
Il pinça la mèche? Il tapota? Il y foutit de l'eau?
Il aspergea? Il appela les pompiers des plus proches casernes?
Il admonesta Douillet? Non. Douillet mesure dans les 2 mètres,
à la louche. Je me suis même laissé dire
qu'il était athlétique. D' où tint-il sa
consigne d'éteinte? Directement de Pékin? D'un
geste rageur, il coupe d'un coup le bec de gaz, ça c'est
non seulement un geste de haute diplomatie, de grande philosophie
et de sublime élégance mais aussi une mesure pragmatique
de sagesse économique, exemplaire si l'on tient compte
de la très forte hausse des carburants le même jour.
Il montre à Douillet comment on éteint, comme ça,
c'est simple, regardez Douillet, apprenez, une flamme grecque,
on fait comme ça, on tourne le bouton. Et hop! Ce n'est
pas si compliqué.
Hier, entre la rue de Tolbiac et l'avenue d'Ivry, j'ai failli
me faire écraser par un Chinois très gentil mais
trop pressé. J'ai su sourire au bon moment, j'ai pensé
à un truc**, il est passé au rouge, et me voilà
ici avec tous mes membres, indemne, encore cent ans de bonheur,
cheminant sans bagage, imprégnée de Lao Tseu jusqu'à
la moëlle.
Quand on évoque les grandes difficultés de traduction
asiatiques, les efforts de compréhension mutuelle, hautement
babélienne, et les petits ronds de jambe aux temps horribles
des grands conflits, on en arrive à couvrir de louanges
Roland Dumas, qui dans un numéro de ses charmes déployés,
chattemines siamoises, modérateur de flamme, souffleur
de vent, et paradoxalement intelligent, sage rallumeur d'allumettes
sous le réverbère, car il sut à la télévision,
reprendre du champ, de la hauteur, et tenir la distance olympienne.
Il sut plisser les yeux à bon escient et sourire chinoisement
comme personne. Un parfait Jésuite du Quai d'Orsay.
Etranges affaires étrangères.
*DLXXXIII Maximes et pensées, Chamfort Collection
«Incidences», Biographie par Guingené, Introduction
d'Albert Camus(Monaco 1944).
**«Qui se dresse sur la pointe des pieds /ne tiendra
pas longtemps debout », Traduction Liou Kia-Hway
préface d'Etiemble qui à ce propos, gravement,
cite Queneau dans «les fleurs bleues», rare sachant
parler de Lao-Tseu. On y préconise Stanislas Julien et
son interprétation du Tao, du Vieux : «rares
ceux qui me connaissent, précieux ceux qui me suivent
(ou «m'imitent» ou l'interprétation
de Julien : «ceux qui me comprennent sont bien rares.
Je n'en suis que plus estimé»).
Mèdes
alors! Isabelle Dormion, 19 avril 2008
A l'heure nocturne où les visiteurs désertent
les salles immenses, la Pyramide du Louvre, la mienne, nous a,
tous les jours, restitué Babel et Babylone dans la fatigue
et la solitude. Combien de fois faudrait-il arpenter ces lieux
familiers pour que le détail soit rendu visible et que
tout l'ensemble revive. Quelque chose est là, revenant
des temps révolus, qui palpite et parle. On voit. La main,
celle du tributaire qui présente au vainqueur la maquette
d'une forteresse en signe de reddition, elle porte un pouce trop
long, dont l'articulation ne peut vraisemblablement tenir, en
le pinçant comme un crabe, le gage, une petite construction
crénelée. Le nom de l'artiste? Peu importe! Des
traces ocres et rouges, subsistent sur la fresque sculptée,
ferrugineuses, animales (pourpres) ou végétales.
L'essentiel n'est pas là, tout est silencieux, Césaire
est mort, cent ans déjà au François et la
vie va, je reste debout longtemps, seule, oubliant la vie ordinaire
et les gens qui se rassemblent à la sortie ou rentrent
(las) à la raison (sans aucune maison), (ou le contraire,
peu s'en faut).
Plus loin, se presse une foule cultivée, bavarde, une
majorité de femmes âgées décourageantes
s'ennuient avant le dîner. On revient au Palais, le mien,
on baille, où la cohorte vaincue* défile, profils
ciselés des archers (non!) tenant les rênes ou les
longes des coursiers apprêtés pour se rendre au
festin où Sargon les a convoqués.
Dans les récits anciens, pas de glose ni de rhétorique**.
Les hommes à terre, ceux que les assyriens en armes écrasent
dans la poussière en les foulant (non, les foutant au
sol) ne crient pas. Ce ne sont pas des suppliants. Ils ont été
réduits, ils meurent, c'est tout.
*AO19918
Ce nègre-là
Celui que j'ai vu hier, le mien, n'était pas mort à
la Croix de Chavaux. Il était long et droit, ni beau ni
laid, comme toi, portant de la main droite un sac assez léger.
Il avait hésité avant de comparer sur les affiches
l'itinéraire des autobus. Je l'ai regardé. Il allait
gravir, comme moi, la montée vers le cimetière
jusqu'à Saint Just. Nouvelle France? Je ne sais pas. Une
escouade de policiers l'immobilisent, le palpent des pieds jusqu'au
col, cherchent l' arme ou les doses et toi, oui, je te parle,
toi qui t'éloignes, je sais que pour moins que ça
tu cognerais mon frère de sang mon frère de lait,
et toi qui t'en es allé, tu n'es plus là pour le
radotage.
Non, ne parle plus jamais à ceux qui ne t'ont pas entendu!
**Mot dont le h sans aucune aspiration, s'il appelle, s'il
exige au bahut la faute d'ortographe, ridiculise plus le présomptueux
ou le cuistre qui la fustige que le fautif qui l'engage. Mettre
une seule lettre en gage: l'innocence ou l'ignorance, soluble,
conjointe, «absolverait» et pourquoi, ce cancre-là,
ne pas l'absoudre. Non, la faute, orthographique, reste une erreur,
plus pour le lecteur que pour celui qui la commet, ne la voyant
pas. Il faut la souligner de rouge. Faire mieux, édifier,
oeuvrer, penser lundi à corriger les coquilles, les rimes
foireuses d'un rap catéchumène (à rien). Sorbonne cassé stylo,
Isabelle Dormion, 21 avril 2008
A l'instant roulent les tambours, sur le parvis jacassent
et passent ceux qui sont là, que la pluie dans la nuit
lave, temps de chien, sur planches les derniers mots du mort
hurlés.
Le mordant, rage au coeur et cheval de nos batailles, il a suffi
d'un moment d'oubli où le miracle au prix coûtant
Naze* du crayon fuse:
Deux mots blancs ébauchés, quatre foirés,
carnet chinois vert, «invincible», «s'endort»
ou «sable», «Senghor», «planches
dressées», «fronton allez savoir», «Articulez!»
Et le Bic fuit, les encres coulent, poignets, ongles et phalanges,
bras violets et jamais plus de deux mains bleues, jamais la peur
incolore, peu de fleurs noires, fioriture à Paris ou condescendance,
nos masques.
Tes mots sont nos leurres, noire ta cause ici sans domicile.
L'assignation, la citation, un malentendu, que je n'aurais pas
lu à l'heure dite.
Foire d'empoigne. La tombe et nos Fédérés
d'Outre-mer. Tous ils crèvent debout et meurent dans l'honneur,
sans le silence ombragé.
Tu clamses, ils t'auront vite livré à demeure.
Ne me dites pas que tu là où tout s'est tu, ce
brouhaha vous assommerait demain. Congédions les mots
et qu'à la vitesse du son tracent ces flèches qui
de tout bois feront nos armes
*Naze, sur l'île d'Amami-Hoshima Vis-à-vis, Isabelle
Dormion, 23 avril 2008
La femme, je ne la connaissais que de vue, avant d'accéder
par hasard au quai, très anciennement, un chignon remonté
sur le sommet du crâne et des yeux bridés. Quand
elle barbotte à plat ventre sur les grosses bulles, aujourd'hui,
tant d'années sont passées, c'est un progrès
phénoménal, elle n'a pas hésité une
seconde à partager le bouillon avec les connaissances
faciles du petit bassin. L'autre, c'est la grand-mère
assidue en maillot bleu ciel sans armature, bonnet bleu-roi d'une
ancienne enfant de Marie, cent ans de neuvaines, autant d'oublis,
pas de rémission, une vie d'enfer confiné, le paradis
au mérite, et toujours pataugeant à deux brasses,
toujours rétive, la petite fille bleuie. Elle s'enfuit
cherchant l'escalier. Et cette femme, la première citée,
je n'avais jamais vu qu'elle était un peu attardée
ou pré-sénile en activité hyper-kinésique
accompagnée. Compter les bulles, s'en réjouir,
avec ou sans mon approbation, en faire un calcul rigoureux, sans
tenir compte de mes applaudissements sous-marins, encore une,
encore une, à moins d'être pape je pensais hier
comme je le devine aujourd'hui, il faudrait lui accorder au moins
cet état, la sagesse de l'eau immédiate, ça
n'est pas donné à tout le monde en partage.
Bavardages de femme stérile, tout est factice, le temps
de retrouver un chemin possible pour aller d'un point à
l'autre sans vaticiner, je n'avais jamais vu, aussi petits, des
timbres poste, ces trois auto-portraits de Rembrandt avec moustache
scrutant dans la pénombre et la lumière le passage
d'un visage à l'autre. Ce n'est pas dévisager,
le mot, mais envisager. Sofa und Sofia, l'Autre Valparaiso,
Isabelle Dormion, 27 avril 2008
«Mona» d'Ivry, d'Issy à Palaiseau, un chemin
partagé pour le comprendre un autre jour, le long de la
Seine de Choisy à Masséna, voir ça, l'écluse,
les retenues, les bassins de décantation, le canal de
dérivation, considérer l'amour des rives: les tours,
la fatigue, ciels, l'autre fatigue, camions, la fatigue tierce,
route, boulevards, sentiers, premier soleil, escaliers, passerelles,
port autonome, la mort de soif. Le quai Jules Guesde n'en finirait
pas pour moi si tout allait à vau-l'eau.
Au milieu, après l'écluse, les femmes en groupe
silencieux cuisent les aliments sur un feu de bois flottés.
J'avais vu les mêmes près d'un pont, les mêmes
dans une ville basse inondée, colmatant les brèches
du domicile à la main, l'une tenant la marmite où
l'autre avait préparé le plâtre qu'elle touillait
comme ce matin la farine et l'eau. Une petite fille tient son
frère prisonnier près du fleuve, le menaçant
d'un pistolet de plastique bleu-vert sur la tempe, je lui fais
signe de tirer, elle rit, qu'on en finisse, un peu de rouge sang,
corps et coeurs denses des pensées ténues, après-demain,
orange et carmin découlent. Entrepôts des bétons
gris plus loin, le port autonome, des gardiens et les deux organisateurs
de séminaires et réunions, gens sapés de
marine qu'on mène en croisière blanche. Les couleurs
viennent seulement avant l'étourdissement, une légère
inquiétude.
Sortir du périph, traverser, retrouver les traces, les
miennes, toujours les miennes, tant que nous portent encore les
jambes, et m'endormir seulement abrutie.
Xylophone,
Isabelle Dormion, 5 mai 2008
Hier Lucien Jeunesse est mort à l'âge où
les vieux passent. Avec l'entorse futile qui entravera les pas,
la semaine est là qui se charge de trois cataclysmes grandioses
dont l'un d'origine volcanique. La mer inonde la Birmanie, entraînant
tout sur son passage. Quelle conscience garder d'un univers trop
vaste pour même se risquer à le percevoir? Le concevoir,
impossible. Notre monde est minuscule, fenêtre ouverte
de la maison fermée, «le jeu des milles francs»
et le carillon accompagne les quatre notes de M. Lependu. Sonnant
sur l'instrument, elles ponctuent les mille et une questions
apprises dans l'encyclopédie des rayonnages.
- Quel est le nom savant du Sphex à ailes jaunes, celui
qui «se livre solitaire à son industrie»?
-(Perdu!), non, Monsieur, vous y étiez presque, dommage,
les Sphex paralysent «leurs éphipigères»
et non l'inverse, allez ne pleurez pas, Madame, il gagnera la
prochaine fois.
- Comment se résume la sapience de la femelle vert-luisante?
- (ouiiiii, c'est presque juste), vous reviendrez nous voir,
je sais, c'est bête mais il aurait fallu préciser
à nos fidèles auditeurs que les Lampyres usent
de ce stratagème comme d'un phare, un miroir aux alouettes.
Si la source est placée sous le ventre, il faut qu'elle
se contorsionne et gagne en altitude pour vert-luire à
loisir de mille ruses.
- Pourquoi tant de peine?
- Pour la beauté de la chose? Mais c'est idiot ce que
vous dites et en plus ça n'engage que vous.*
- Que fait la mère Minotaure dans sa crypte larvothèque?
Allez, il ne vous reste plus que trois secondes, réfléchissez.
Allez, vous y étiez presque, alors que le Minotaure Typhée
mâle se tire fourbu et définitif après avoir
fourni et fourbi la mouture, la femelle surveille les futurs
rejetons dans la gangue de sable que les vermisseaux grignotent
et digèrent jusqu'à la naissance à la lumière
du jour.
- Allo? un lac ou une retenue d'eau? Pourquoi un ballon décoré
de Batman? Prouvez-le! Pourquoi dégonflé? Vous
y étiez?
- Une baudruche qu'un enfant taciturne aurait lancée de
la rive opposée, vous y croyez, vous, à un lancer
de150 mètres? Moi, oui.
*J. H. Fabre «Scènes de la vie des Insectes»
- Nelson Editeurs, avec un portrait à la plume de E. Heber
Thomson A
signe où quai, Isabelle Dormion, 12 mai
2008
De Javel aux Invalides sur un seul pied valide et pas un chat
place Fontenoy, alors que l'entrée fluorescente bleue
annonçait trois-cent-soixante-dix-neuf nageurs dans le
grand et petit bassin, trois-cent-cinquante à oublier
dans la poussière de la ville. Dans l'angle près
du mur du fossé, arrivent portés par le vent l'odeur
des chevaux et le cri des oiseaux amplifié par leur tournoiement
dans les écuries. Près de l'Unesco, un touriste
affalé habillé d'orange vif, aucune pensée
vive, le ciel d'été immobile en tiendrait lieu.
Le 27 semble tourner remarquablement vite, pressé de terminer
le délestage de La Tour-Maubourg ou d'écraser une
vieille en fin de course. Il y a dans un angle -pas loin d'un
certain marronnier jouxtant un cabinet juridique, c'est curieux
cette expression «un avocat marron»- un hôtel
de l'Empereur, des torchères stylisée en bronze.
A la piscine, les enfants emportés dans les bras ne sont
pas vraiment comptabilisés par le compteur de nageurs.
Ils sont quatre-cent, tous inconnus, avec des bonnets identiques,
à frétiller, festifs, dans l'eau de javel de la
Pentecôte? Pas vu la colombe. Je m'abstiendrai de nage.
Sur l'esplanade, les joueurs de pétanque, les bronzeuses
par deux ou trois pour se (mieux) tenir aplaties sur l'herbe,
les étrangers restés proches de Napoléon,
quelques pétanquistes réservistes à visière
de la 2ème BD. Cytises, seringas, lilas, polognias. Les
sottises, c'est difficile à savoir! Tant de sagesse, le
fatalisme des sept saisons, une dernière lumière
à la fenêtre l'embrase. Dans le métro un
gros arabe agressé par un gros américain d'équivalence
pondérale, je les sépare par le milieu, sentencieuse,
je les conduis, maussade, les boeufs, blafards, à la sortie,
«allez, c'est bon, ça va comme ça».
Le gros américain attend l'autre, une chemise couleur
Guantanamo, à la sortie de l'ascenseur pour rediscuter
franchement la question entre soi, comme à la maison,
celle des minorités et mettre à plat, reconclure
la journée après le soleil dans les gnons interculturels
et l'hématome d'homme, encore en équilibre sur
l'escalier roulant, «c'est l'enfant qui gênait le
passage», la femme au gros me dit comme dans "Urgences",
«its OK»! avec des yeux d'une dissuasion toute dénucléarisée,
je regarde le noyau, l'engeance, les tenants et les aboutissants,
les prunelles, l'avenir, les pupilles, les iris, les cils, le
regard est délavé par l'oubli du minimum vital.
"Obvier",
Isabelle Dormion, 15 mai 2008
C'est la première fois que j'écris ce mot qui n'aurait
pas du trouver une utilité, une fonction avant longtemps,
un verbe qui n'a jamais servi, pas de circonstances obviables,
l'usage strict des termes simples. Manières, maniérisme.
Deux mots plus loin, reportée à l'«ocarina»,
j'y pensais avant que sonne l'Angelus, lisant dans le plus grand
désordre, sans en saisir un traître mot, Le
camp de Wallenstein, de Schiller, obviant à des
chimères qui depuis des nuits d'insomnie, ne quittent
plus le matelas, la paillasse du premier dragon comme de la
dernière arquebusière.
Voulant, mais en vain, prendre du champ, et pourquoi de la hauteur
(?), idiote où va la chute? à l'eau que mon cruchon
y gît- Je trouve déserté le petit oratoire
méridien de Saint Jean le Théologien. Les élèves
de l'école d'horticulture sortent en parlant assez bas
pour ne pas troubler le bavardage d'un gardien vers les portes
entrouvertes, plus bas à l'ombre de la voûte. Les
voitures, des semi-remorques font demi-tour, là, à
l'angle, une maison de la nature et de l'oiseau, des boutures,
des greffes, quelques pédagogues glabres, les serres,
des alignements de pots, et la mémoire des orphelins d'Auteuil
collationnée par la dame Galliera.
Revenons-y, «la récompense est passagère»,
le deuxième cuirassier chante :
«Allons, camarades, à cheval! à cheval!
Courons dans les batailles, en pleine liberté ;
C'est là que l'homme vaut quelque chose,
C'est là qu'il peut monter s'il a du cur.
Là, personne ne peut se faire remplacer,
Il faut que chacun paie de sa personne».
Trompette fifres ocarina : oui, journées obtuses
et silence précèdent tonalités majeures,
les mots sont là, en ordre alphabétique, soldats.
à suivre...
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29 septembre 2002 TURBUL4
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à 5 février 2003 TURBUL 5
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2 février
à 6 décembre 2004 TURBUL 8
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10
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Shukaba
"Sorties
Papier",
éditions Barde la Lézarde
*à propos de Paroles
d'Indigènes:
où on parle de label, de people
et d'indigène Des Machines Célibataires
voir aussi l'étude Des Rumeurs & de
la Tendance
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